Étalonnage · Épisode 03

Le diable est dans les détails

Le primaire, c'est 80 % du boulot. Les 20 % qui restent font 100 % de la différence.

Jusqu'ici tu agissais sur toute l'image. Les secondaires, c'est l'inverse : isoler une zone — un visage, un ciel, une couleur — et la corriger sans toucher au reste. C'est précis, c'est puissant, et mal dosé ça se voit tout de suite.

Primaire vs secondaire

Une correction primaire touche tout le plan. Une correction secondaire ne touche qu'une partie — et c'est là que se cache la finition.

Avant Après

Le primaire pose l'ambiance globale. Mais la peau, le ciel et la doudoune rouge ont chacun été travaillés séparément — ça, c'est le secondaire.

L'image mentale Le primaire, c'est peindre tout le mur au rouleau. Le secondaire, c'est le pinceau fin pour les angles et les détails. Tu ne fais pas une pièce entière au pinceau — mais sans lui, le boulot a l'air bâclé.

Le Power Window : cibler une forme

Première façon d'isoler : par la géométrie. Tu dessines une forme (cercle, rectangle, courbe) et la correction ne s'applique qu'à l'intérieur.

Power Window · Circle
Power Window
Glisse la fenêtre sur le visage : l'intérieur est éclairci et enrichi (un coup de projecteur), le reste ne bouge pas. Le bord est adouci.

C'est parfait pour un visage, un ciel, un produit. En vrai, tu adoucis le bord (softness) pour que la limite ne se voie pas, et tu actives le tracking pour que la fenêtre suive le sujet quand il bouge.

Le qualifier : cibler une couleur

Deuxième façon d'isoler : par la couleur. Tu choisis une teinte, et seul ce qui lui ressemble est sélectionné — partout dans l'image, quelle que soit la forme.

HSL Qualifier · Hue
zone isolée : doudoune
cible : doudoune · 8°

Choisis une cible : la zone correspondante s'isole dans l'image, le reste passe en noir & blanc. Remarque : la peau et la doudoune rouge sont des teintes voisines — avec la teinte seule, tu risques d'attraper les deux. C'est exactement pour ça qu'un bon qualifier combine teinte + saturation + luminance : pour ne garder QUE ce que tu veux.

Empiler ou paralléliser ?

Tes secondaires, tu peux les enchaîner (série) ou les faire travailler côte à côte (parallèle). Les deux ont leur usage.

un nœud = une correction ciblée
En série — chaque nœud reçoit le résultat du précédent
01
Base
primaire
02
Peau
secondaire
03
Ciel
secondaire
En parallèle — chaque branche part de la source, le Layer Mixer recombine
Source
Peau
Ciel
Layer Mixer
Sortie

En série, l'ordre compte : si tu désatures la peau puis pousses le contraste global, le résultat change selon la place du nœud. En parallèle, les branches sont indépendantes et se mélangent à la fin — pratique quand tes retouches ne doivent pas s'influencer entre elles.

Comment créer ces nœuds dans DaVinci
  1. Nœud série : clic droit dans le Node Editor → Add Node → Serial, ou raccourci Alt+S / ⌥+S.
  2. Nœud parallèle : clic droit → Add Node → Parallel, ou Alt+P / ⌥+P.
  3. Layer Mixer : clic droit → Add Node → Layer, ou Alt+L / ⌥+L.

La peau : le détail qui ne pardonne pas

L'œil humain est expert en peau. Une peau qui sonne faux, tout le monde le sent — même sans savoir pourquoi.

Trois gestes qui sauvent un visage : uniformiser (rattraper les zones trop rouges ou trop pâles avec un qualifier sur la peau), dompter le rouge (souvent les joues et le nez tirent trop vers le rouge — tu ramènes vers l'orange), et garder le naturel (la peau doit rester sur sa ligne de référence au vectorscope, la fameuse skin-tone line).

La ligne de peau (I-bar)
Sur le vectorscope, il existe une ligne de référence vers 11 h. Toute peau saine tombe dessus — peu importe la carnation, claire ou foncée. Ton repère n°1 pour une peau crédible : garde-la sur la ligne, et tu ne peux pas te tromper de teinte.

✓ À faire

Isole la peau, adoucis le bord, et corrige léger. Recule, regarde le plan en entier, reviens. La peau doit rester crédible avant d'être belle.

✕ À éviter

Lisser à mort, désaturer jusqu'au zombie, ou pousser le micro-contraste sur le visage. Une peau « plastique » est pire qu'une peau imparfaite.

Doser, toujours doser

Le secondaire est grisant : on veut tout corriger. Erreur. Le bon étalonnage secondaire, c'est celui qu'on ne remarque pas.

La règle : fais ta correction, pousse-la jusqu'à ce que ça se voie… puis recule de moitié. Et un réflexe d'or — désactive tes nœuds une seconde avant de livrer. Si l'image ne s'effondre pas sans eux, c'est que tu en fais trop.

Les pièges classiques

Le bord du Power Window qui se voit

Une limite nette = ça crie le trucage. ✓ Monte la softness, fonds le bord.

Le qualifier qui bave

Tu vises le ciel, t'attrapes aussi les yeux. ✓ Resserre saturation + luminance, pas que la teinte.

La fenêtre qui ne suit pas

Le sujet bouge, la correction reste sur le décor. ✓ Active et vérifie le tracking.

Dix nœuds pour rien

Une usine à gaz que tu ne sauras plus relire demain. ✓ Nomme tes nœuds, garde l'essentiel.

Teste-toi

Tu as bouclé la série
Bravo — tu sais étalonner

Des fondations au contraste jusqu'aux secondaires : tu as tout le workflow en main. D'autres épisodes arrivent — reviens au sommaire.

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Secondaire

Qualifier (HSL key)

Power Window

Tracking

Nœud parallèle / Layer Mixer