Vitesse d'obturation vs angle d'obturation
Deux mots pour la même idée : combien de temps le capteur reste exposé pour chaque image. La photo parle en vitesse (1/50 s). Le cinéma parle en angle — un héritage direct de l'argentique.
Les caméras film avaient un disque rotatif avec une ouverture en forme de camembert. Le disque tourne une fois par image ; pendant que l'ouverture passe devant la pellicule, ça expose, le reste du temps c'est noir (le film avance). Un secteur ouvert de 180° (un demi-disque) expose donc la moitié du temps d'une image. À 24 images/seconde, ça donne 1/48 s. À 25 im/s, 1/50 s. C'est la fameuse règle des 180°.
180° = le flou de mouvement « naturel », celui que notre cerveau attend. En dessous (45°, 90°) l'image devient saccadée, nerveuse (l'assaut de Saving Private Ryan). Au-dessus (270°, 360°) elle devient baveuse, onirique. Trop peu de flou = ce fameux look « caméra de surveillance / jeu vidéo ».
Pourquoi 180° et pas autre chose ?
La formule est simple : temps d'expo = (angle ÷ 360) × (1 ÷ cadence). À 180° tu exposes exactement la moitié de la durée d'une image. Ce demi-temps produit une quantité de flou qui correspond à ce que l'œil humain perçoit d'un mouvement réel. Trop peu de flou (petit angle) et le cerveau voit des « à-coups » entre les images ; trop de flou (grand angle) et tout devient pâteux. 180°, c'est le point d'équilibre perceptif — pas une règle arbitraire.
Rolling shutter vs global shutter
La plupart des capteurs CMOS ne lisent pas toute l'image d'un coup : ils la balaient ligne par ligne, de haut en bas (rolling shutter). Si ça bouge vite pendant ce balayage, le bas de l'image est lu un chouïa après le haut → les verticales penchent (skew), les hélices se tordent, un flash n'éclaire qu'une bande. Le global shutter lit tout le capteur au même instant : zéro déformation, mais c'est plus cher et souvent moins sensible.
Panote vite en rolling shutter : le poteau penche (le bas est lu après le haut). Bascule en global shutter : il reste droit quelle que soit la vitesse. Le rolling n'est pas un défaut fatal — il faut juste le connaître pour les panos rapides et les sujets véloces.
L'obturation comme choix créatif
La règle des 180° est un point de départ, pas une prison. Casser volontairement l'angle, c'est un outil narratif.
Le flicker : l'ennemi invisible
Les lumières branchées sur le secteur papillotent à la fréquence du réseau (50 Hz en Europe, 60 Hz en Amérique du Nord), et beaucoup de LED clignotent encore plus vite (gradation PWM). Si ta vitesse d'obturation n'est pas synchro avec ce papillotement, tu récoltes des bandes sombres qui roulent à l'image. La parade : coller à des vitesses « sûres » — 1/50 s en 50 Hz, 1/60 s en 60 Hz (et leurs multiples).
Fais glisser la vitesse : dès qu'elle n'est plus synchro avec le secteur, des bandes sombres roulent sur l'image. À 1/50 s en 50 Hz (ou 1/60 en 60 Hz, et leurs multiples) → image propre. Change de secteur : les vitesses « sûres » basculent.
Le slow-motion reboucle sur tout le reste
Tu veux du ralenti ? Tu montes la cadence (120 im/s). Mais pour garder ton flou naturel, tu gardes 180° — soit une vitesse de 1/240 s. Ton obturateur passe donc un temps minuscule ouvert : il faut énormément de lumière. Et là, boucle bouclée : tu ne peux pas compenser avec l'obturation (ce serait casser le look), donc tu ouvres le diaphragme (épisode 02) et, en dernier recours, tu montes l'ISO (épisode 01). Les trois côtés du triangle se tiennent la main.
Le triangle d'exposition, enfin complet
Voilà les trois leviers réunis — et cette fois tu peux tous les bouger. Amuse-toi : baisse l'ISO, l'aiguille EV plonge ; il faut compenser à l'ouverture. Change l'angle — mais souviens-toi : l'angle, c'est un réglage de look (180° conseillé), pas d'exposition. On expose à l'ouverture puis à l'ISO.
Ce qu'il faut retenir
Règle l'obturation une fois (180°, soit le double de ta cadence) et oublie-la. Descends l'angle pour le nerf, monte-le pour le rêve — mais toujours par choix, jamais pour éclaircir. Surveille le rolling shutter dans les mouvements rapides et le flicker sous les lumières artificielles. Pour l'expo, c'est ND + ouverture, puis ISO. Voilà, le triangle est complet.
Les pièges où tout le monde tombe
Monter la vitesse pour exposer
Tu tues le flou de mouvement → look « caméra de surveillance ». ✓ Garde 180°, expose au ND et à l'ouverture.
Oublier le filtre ND en extérieur
En plein soleil, impossible de garder 1/50 sans cramer. ✓ Le ND, ce sont les lunettes de soleil de ta caméra.
Panoter vite en rolling shutter
Les verticales penchent, ça « gélatine ». ✓ Ralentis le pano, ou passe en global shutter.
Ignorer le flicker LED
Bandes sombres qui roulent, découvertes au montage. ✓ Vitesse synchro secteur (1/50 en 50 Hz) + test mur blanc.
Teste-toi
ISO, ouverture, obturation : les trois côtés sont posés. La prochaine série « Essentiels » (la Bible du Chef Op) arrive bientôt.
Vitesse d'obturation
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Angle d'obturation
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Règle des 180°
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Rolling shutter
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Flicker
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Filtre ND
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